“L’enfant venu d’ailleurs”
“L’enfant venu d’ailleurs” Je suis né en 1965 loin de la brousse, à Melun, dans une France encore en noir et blanc. Un nouveau‑né comme les autres, glissé dans les bras d’une jeune femme blonde et d’un homme déjà brûlé par le soleil d’ailleurs. Sur le carnet de santé, quelques lignes, quelques chiffres. Sur la table de nuit, des brochures qu’on lit à moitié et des rendez‑vous qu’on reporte. La vaccination contre la polio, obligatoire depuis peu, restera quelque part entre les bonnes intentions et l’oubli. Très vite, la vie se met à bouger. Mon père travaille pour la SOGEA, les grands travaux publics. Ma mère est enseignante. Leur horizon n’est pas la banlieue parisienne, mais une Afrique de chantiers, de routes et de lagunes. Je n’ai que quelques mois lorsque nous quittons la France pour la Côte d’Ivoire. Je n’en garde aucune image consciente, seulement ce sentiment étrange d’avoir toujours eu, quelque part au fond de moi, la chaleur moite de l’air d’Abidjan comme climat d’...