Marco s’en est allé !

Il m’a fallu quelques semaines avant de trouver les mots.

En revoyant la photo de l’enfant que j’étais, cette petite tête blonde débarquée de Côte d’Ivoire en 1971, je mesure encore davantage ce que ta présence a compté pour moi. J’avais 6 ans. En 24 heures, je quittais la chaleur, mes repères, mon enfance telle que je la connaissais, pour arriver ici, dans un monde totalement différent.

J’arrivais à Villard, à la "Petite Fadette", rue de la Combe-de-l’Eau, chez mes grands-parents adoptifs. À côté de chez eux, il y avait la maison de tes parents, celle où tu avais grandi. Dans ce grand bouleversement, toi, tu as été une présence importante. Toi qui m’appelais affectueusement "le Petit Prince".


Avec ton physique à la Gérard Philippe, tu étais pour moi le grand frère que je n’ai jamais eu. Sans vraiment me connaître, tu as pris sous ton aile ta “petite tête blonde”, malgré nos années d’écart. Tu avais été touché par mon histoire, comme tu me l’avais rappelé il y a quelques années dans l’un de nos échanges. Je n’ai jamais oublié cette attention, ni la chance d’avoir compté, un peu, pour toi.

Je me souviens de ta moto, de ta liberté, de la carrière, de la nature, des têtards, des balades, de tous ces petits riens qui font les grands souvenirs. Je garde aussi en moi l’image de ce méchoui chez Fabrice, entre chien et loup, ce moment suspendu où les adultes riaient, où le voisinage semblait former une famille, et où l’enfant que j’étais apprenait sans le savoir ce qu’étaient la fraternité, la simplicité et la joie d’être ensemble. Ton visage appartient à cette lumière-là.

Puis j’ai grandi, et nos routes se sont éloignées. En 1986, revenu à Gex, j’animais la matinale d’une radio locale. Un jour, en pleine émission, le téléphone a sonné. C’était toi. Tu ne m’avais pas oublié. Tu m’écoutais chaque jour. J’ai ressenti une fierté immense, et plus encore : la joie profonde de voir qu’un lien si ancien avait tenu bon.

Sans le savoir, tu m’as beaucoup apporté. Tu as apaisé quelque chose en moi. Tu as rassuré les fêlures du petit homme que j’étais. Je ne l’ai jamais oublié. Il y a quelques années, les réseaux sociaux nous avaient permis de reprendre contact. Tu prenais de mes nouvelles. Tu me proposais de venir te voir. Je pensais en avoir le temps.


Aujourd’hui, tu as rejoint les tiens. Et moi, je garde intacte la tendresse que j’ai pour toi, la gratitude aussi. Merci pour ta présence, pour ta bonté discrète, pour la place que tu as tenue dans ma vie sans peut-être en mesurer l’importance.

Je pense avec émotion à ses filles, Audrey et Lea que je n’ai jamais connues, et à la peine immense que laisse derrière lui un père comme lui.

Je t’embrasse, Marc.
"Tu n’es plus là où tu étais, mais tu es partout là où je suis." - Victor Hugo

Thierry, ton "Petit Prince"

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